La robe totem

robetotem

Performance « Ensemencement » de la « Robe Totem » présentée le 15 et 16 octobre 2011 à Cap Sciences pour le « Chimie Show » lors du village des sciences.

A l’occasion de l’Année internationale de la chimie (AIC 2011/ UNESCO), la manifestation art et sciences « Chimie Show » soutenue et présentée par Cap Sciences, le Centre national de la recherche scientifique Aquitaine Limousin (CNRS) et Beaux Arts Développement, a reçu le deuxième prix national décerné par le Ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur pour la 20ème édition de la fête de la science. Une manifestation au cœur de la chimie et ouverte à tous les publics.

La préparation:
1 Vidéo

La réalisation:
1 Vidéo
2 Diaporama
3 Diaporama

La Robe Totem par Carole Collaudin avec Joëlle Mascetti et Valérie Desvergnes de l’ISM.

Artiste : Carole Collaudin
Comme c’est généralement le cas dans un travail artistique, il y a, pour celui-ci,
de nombreuses interprétations possibles : des facettes par où entrevoir votre histoire.

Mon travail artistique étant résolument tourné vers la féminité et la femme,
c’est tout naturellement que, découvrant « les jardins chimiques » (pour moi, allégorie de la vie),
j’ai proposé de fabriquer une robe réceptacle / une robe ventre.
Les jardins chimiques font invariablement penser à une croissance végétale.
Dans cette robe, une jungle, en modèle réduit, entoure ce corps féminin, jeune et sain.
La femme, cette femme, parmi d’autres, est l’une des dernières pousses d’une
longue ramification de femmes, végétation généalogique, portant en elle les AUTRES,
celles passées, et celles à venir.
Elle est une fleur dont les jardins chimiques sont le feuillage.
Les sels sont la pierre qui voudrait devenir jungle.
La performance “Ensemencement” célèbre la femme et la vie.

Mais puisque cette pousse est inorganique et que la femme dans sa fonctionnalité
aspire à la fécondité, ne peut on envisager cet ensemencement comme une petite mort ?
Cette morphogenèse ne donne corps à rien de vivant.
Cette végétation allégorique est le fruit de la chimie inorganique.
On assiste à un spectacle d’organisation, un simulacre de vie.
La femme tricote son rituel. Elle remplace sa stérilité biologique par ces créations
d’apparence vivantes.
Ces créations artificielles sont les seules qui puissent s’acclimater à ces conditions arides.
Est-ce une femme désertique ? Une femme de sel ?

Peut-être attirera-t-elle les bonnes augures sur son ventre ?

Artiste : Jean-Luc Elie
La Robe Totem de Carole Collaudin par Jean-Luc ÉLIE

Spectacle allégorique de l’ontogénèse en marche

L’Etre s’édifie depuis son origine, sans plan préétabli et sans but envisageable, en
obéissant à des règles précises, évoluant sans doute elles aussi, qui règlent tous les
prodigieux processus faisant « fonctionner » le grand TOUT : des amas galactiques
aux quarks et aux cordes, en passant par la vie, à laquelle nous devons notre
existence de témoins éberlués.
La RobeTotem de carole Collaudin parle de l’Etre, du monde manifesté, du monde
dans son apparition phénoménale. Elle parle du processus « vie », élu par nous
dans l’étant, et de son flux ininterrompu depuis des milliards d’années.
La RobeTotem de carole Collaudin parle de LA VIE dans l’Etre.
« Ce que nous appelons « vie » », « Ce que nous désignons par ce mot », « Ce que
par ce mot nous voulons dire », au sens le plus large, dans ses représentations les
plus cosmiques et anthropomorphiques, loin d’un ésotérisme de pacotille mais au
plus profond d’un plein « sentiment océanique ».
La RobeTotem de carole Collaudin est l’association synergique et rituelle de deux
éléments : un corps de femme, ready-made produit par le morpho-processus
« Univers », et une Robe-sculpture de verre contenant un « Jardin Chimique ».
Le « jardin chimique », est un florilège de réactions chimiques, attrayantes et
spectaculaires, d’ions métalliques dans une solution de silicate de sodium.
Ces réactions offrent l’image allégorique de processus d’auto-organisation.
Elles montrent comment les forces de l’Etre construisent des formes complexes,
en particulier des membranes, frontières indispensables aux fonctionnements des
organismes vivants. Elles mettent en lumière les mécanismes physico-chimiques qui
sont à l’oeuvre dans la morphogénèse en cours et dont nous sommes les fruits
transitoires, au même titre que toutes les autres entités, ou ce qui nous apparait
comme telles, de l’univers.

La biologie du XXIe siècle observe, grâce aux nouvelles techniques d’imagerie et
d’investigation, le ballet éblouissant d’un monde moléculaire d’une infinie richesse et
d’une ingéniosité sans égale. Ce complexe emboitement de processus et
d’interactions fines, est le résultat d’une évolution qui associe des durées inhumaines
et abyssales à des contingences opportunes et merveilleuses, au sein d’un attracteur
étrange qui oriente cette autocréation par de tenus et subtils tropismes, autant que
par d’écrasantes et irrésistibles forces.
La RobeTotem de carole Collaudin parle de LA FEMME dans LA VIE, de la femme
éternelle au centre d’un tourbillon, au centre d’un attracteur, d’un vortex, au centre
du monde phénoménal, au centre des prérogatives humaines, au centre de la
« volonté à visage d’Homo Sapiens ». Elle parle de lignées de femmes, de légions de
de femmes, de femelles, innombrables, les gardiennes de la survie d’une espèce.
Elle parle de descendance, d’ascendance, de la longue perpétuation qui trace un fil de
lumière dans les strates du temps, du chemin qui, partant de chacun d’entre nous,
sinue jusqu’au premier organisme qu’on pourrait qualifier de « vivant », avec toutes
les incertitudes que ce mot contient.
La RobeTotem a une structure giratoire, asymétrique, chirale, spirale, en tension, à
l’image des macromolécules de la vie et fait office de réceptacle-serrure pour
corps de femme-clef. LA femme est au centre d’une fleur-ADN de cristal, écrin de lumière,
 piédestal, autel sacrificiel, matrice, cocon, oeuf, pupe, utérus qui porte en triomphe
et qui célèbre la femme possédée par la perfection du chaos organisé de l’Etre.
La Femme-centre, la femme-ventre, se pare d’un symbole-monument qui célèbre
son implication charnelle.
La femme éternelle, réceptacle des forces, cratère et soleil, forge et four
alchimique, instrument de la volonté irrésistible qui porte tant de noms.
Elle est le creuset du miracle qui va d’une cellule unique à un enfant entier, constitué
de milliards de cellules différenciées, comme un écho à tous les autres processus à
l’oeuvre, dont nous observons l’évolution par la lucarne microscopique de nos courtes
et aveugles existences. Un être humain est un univers à lui seul, en prise dans
l’horlogerie universelle, couplé avec tout le reste, manifesté au pas.
C’est un Etre unique et singulier, qui se déploie, dans l’une de ses potentialités, par
un dialogue : l’interaction d’une mémoire, distribuée à chaque niveau fonctionnel de
l’Etre, et les conditions particulière de sa réalisation.
L’Univers, l’oeuf fraîchement fécondé s’engage avec patience dans une narration qui
passe par notre généalogie, remontant jusqu’aux premiers assemblages inertes et
inorganiques, origine de la vie. Nous sommes faits d’un peu de pierre, de métal, de
poison, sans lesquels nous ne pourrions vivre. Nous sommes faits de la mouche, de
la bactérie, de la méduse, de l’oiseau…et « de la cendre des étoiles ».
Stéphane LEDUC pensait avoir synthétisé la vie. Il est commun, et de bon ton, de
dire qu’il s’est trompé. Quand en 1828, Friedrich WOHLER fabriqua de l’urée,
molécule jusque là estampillée « produit biologique », il montra que la vie, malgré
son auréole divine, pouvait être un produit de laboratoire. La bio-ingénierie est peut être
le sommet de l’Art. Tout ce qu’a fait l’Art « ontologique » jusqu’à présent n’était
peut-être que des grimaces destinées à singer l’Etre dans ses plus belles
manifestations ?

La RobeTotem de Carole Collaudin parle pour nous dire « Regardez ! L’Etre
opère sous nos yeux, dans nos yeux, dans notre corps, notre esprit, dans le charme
halluciné du réel, dans cette métaphore de la réalité, si loin et si proche. Nous
sommes les témoins borgnes d’un miracle protéiformes à la luxuriance insensée :
une débauche de moyens, un gaspillage absurde ? L’Art à son plus haut degré de
perfection.
L’univers fonctionne. Il n’est jamais, à notre connaissance, tombé en panne.

Nom du laboratoire :  Institut des Sciences Moléculaires (ISM).

L’ISM est une Unité Mixte de Recherche CNRS/ Université Bordeaux 1/Institut Polytechnique de
Bordeaux dépendant de la Délégation Régionale Aquitaine-Limousin (DR 15).

L’ISM rassemble une communauté de chercheurs organiciens et physicochimistes intéressés par les édifices moléculaires,
et travaillant sur leur conception, synthèse, caractérisation, réactivité et analyse dans divers environnements. Cette pluridisciplinarité des
compétences permet d’élaborer des projets de recherche sur des thématiques transverses au sein
de l’Institut : surfaces, interfaces et matériaux, nanosciences, chimie verte et catalyse, molécules
naturelles et bioactives, modélisation.

Nom des chercheurs: Joëlle Mascetti et Valérie Desvergnes

Joëlle Mascetti et Valérie Desvergnes s’impliquent
chaque année dans la vulgarisation scientifique
auprès des jeunes des lycées et collèges. C’est
parce qu’elles valorisent les sciences au travers des
jardins chimiques qu’elle ont fait appel à Carole
Collaudin pour trouver une nouvelle forme de
médiation scientifique.

Chimie Show : Projets art et sciences

Le fruit de leur rencontre: « La Robe Totem »
Au début du vingtième siècle, le médecin Leduc réalise des Jardins Chimiques, croissances surprenantes
à base de composés chimiques inorganiques. En combinant sels métalliques et solutions à base de
silicate de sodium, il pensait avoir recréé la vie. La rencontre de l’artiste Carole Collaudin avec les
chercheurs de l’Institut des Sciences Moléculaires (ISM), a abouti à la réalisation d’une robe en verre
illustrant cette expérimentation scientifique. Le magnifique objet obtenu permettra aux équipes
scientifiques d’élaborer une vraie médiation pédagogique et scientifique auprès de tous les publics lors du
village des Sciences, en mettant la chimie à la portée de tous.

Poesie de Jean-Luc Elie

FEMME

Tu portes une résolution muette dans la graine d’or de ton cœur,
Tu sais l’indicible secret de l’être, par toi, jamais la lumière ne meurt.
Nul besoin de frileuse conscience, pour choisir l’élu de ton ventre,
Les mots sont sans grande importance…

Seulement attiser la fournaise utile aux fusions biologiques,
Dieux mortels façonnant dans la glaise…
Bio-glyphes mijotant au secret de la vie,
Yin et yang se mêlant, disparaissent et renaissent,
Soleil tiède transmutant en nouveaux éléments,
Sans esprit, sans conscience, l’Ars Magna s’accomplit.
Le miracle mûrit en silence,
Lentement s’épanouie le fruit,
Unique objet de ton espérance,
Femme de chair fertile et de nuit.

Tu es prêtresse du grand mystère,
Par toi s’exprime la création,
Peut-on être plus, ici bas, qu’une mère ?
Rien d’autre n’approche cette perfection.

Ton corps cache en son sein le merveilleux secret,
De tout ce qui était et de tout ce qui est,
Conscience s’interroge, esprit reste muet,
Mais au fond de ton âme, tout cela tu le sais.
Femme, ombre et silence, farouche, pieds en terre,
Traversée par le flux des forces élémentaires,
Creuset involontaire, instrumentalisée,
Au chant de l’univers se mêlent tes prières.

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Le Recto (9Mo)
Le Verso (16Mo)


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